Pendant des siècles, l'histoire de l'art a été écrite au masculin. Les femmes peintres existaient, créaient, innovaient, mais elles étaient systématiquement exclues des académies, des expositions et des livres d'histoire. Certaines ont dû signer leurs œuvres sous un pseudonyme masculin. D'autres ont vu leur travail attribué à leur mari ou à leur père.
Et pourtant, elles étaient là. Frida Kahlo au Mexique, Artemisia Gentileschi dans l'Italie baroque, Mary Cassatt dans les salons impressionnistes parisiens, Georgia O'Keeffe dans les déserts du Nouveau-Mexique. Des femmes qui ont imposé leur vision, leur style, leur voix dans un monde qui ne leur faisait pas de place.
Voici un tour d'horizon des femmes peintres les plus importantes de l'histoire de l'art, celles qu'on ne peut pas ignorer, et celles que tu devrais vraiment connaître. Et si tu souhaites te mettre dans la peau d'une artiste le temps d'une soirée, viens participer à un apéro peinture Happy Paint dans ta ville !
Frida Kahlo (1907-1954) : l'autoportrait comme acte politique
Frida Kahlo est probablement la femme peintre la plus connue au monde. Et pour cause : son œuvre est à la fois personnelle, politique et universelle.
Née en 1907 à Coyoacán, au Mexique, Frida Kahlo commence à peindre après un accident de bus qui la cloue au lit pendant de longs mois. Elle se tourne vers l'autoportrait, non par narcissisme, mais parce que c'est le sujet qu'elle connaît le mieux : elle-même, son corps meurtri, son identité complexe entre deux cultures.
Ses œuvres majeures, Les Deux Fridas (1939), La Colonne brisée (1944), Autoportrait aux cheveux courts (1940), explorent la douleur physique, l'identité mexicaine, la sexualité et les normes de genre. Elle peint avec ses sourcils épais, sa moustache, ses vêtements traditionnels tehuana : une façon de revendiquer sa féminité à contre-courant des standards de l'époque.
Frida Kahlo n'a jamais cherché à être acceptée par le monde de l'art officiel. Elle a créé son propre langage pictural, mêlant symbolisme, surréalisme et art populaire mexicain. Le Museo Frida Kahlo à Mexico, surnommé la Casa Azul, conserve une grande partie de son héritage. Un langage qui parle encore aujourd'hui à des millions de personnes.
Mary Cassatt (1844-1926) : l'impressionnisme au féminin
Mary Cassatt est l'une des rares femmes à avoir été pleinement intégrée au mouvement impressionniste. Américaine installée à Paris, elle rejoint le cercle de Degas et Monet à une époque où les femmes n'ont pas accès à l'École des Beaux-Arts.
Sa spécialité : les scènes de vie intime féminine. Mères et enfants, femmes lisant au jardin, moments de toilette. Des sujets que ses contemporains masculins auraient traités avec distance, que Mary Cassatt aborde avec une empathie et une précision remarquables.
Ses œuvres comme La Loge (1878) ou Le Bain (1891-1892) montrent des femmes dans leur quotidien sans les sexualiser ni les romantiser. Le Metropolitan Museum of Art de New York conserve plusieurs de ses toiles les plus importantes. Mary Cassatt a aussi joué un rôle clé dans la diffusion de l'impressionnisme aux États-Unis, conseillant de grandes familles américaines dans leurs achats d'œuvres.
Artemisia Gentileschi (1593-1654) : pionnière dans un monde hostile
Artemisia Gentileschi est peut-être la plus impressionnante de cette liste, non seulement pour son talent, mais pour les conditions dans lesquelles elle a exercé son art.
Fille du peintre Orazio Gentileschi, elle apprend la peinture dans l'atelier de son père. À 17 ans, elle est agressée par un collègue de son père. Le procès qui s'ensuit est l'un des premiers procès de ce type documentés dans l'histoire de l'art.
Elle peint malgré tout. Ses tableaux les plus célèbres, Judith décapitant Holopherne (1614) et Suzanne et les vieillards (1610), mettent en scène des femmes actives, déterminées, qui reprennent le pouvoir. La National Gallery de Londres lui a consacré une exposition rétrospective majeure. Une révolution dans l'art baroque où les femmes étaient presque exclusivement des sujets passifs.
Artemisia Gentileschi a été la première femme admise à l'Académie des Arts de Florence. Elle a travaillé pour les cours d'Europe et correspondé avec Galilée. Une vie extraordinaire, une œuvre puissante.
Georgia O'Keeffe (1887-1986) : la nature réinventée
Georgia O'Keeffe est souvent associée à ses grandes peintures de fleurs, des gros plans si intenses qu'ils en deviennent abstraits. Mais son œuvre va bien au-delà.
Américaine du Midwest, elle s'installe au Nouveau-Mexique et y trouve son sujet de prédilection : le désert, les crânes d'animaux blanchis par le soleil, les falaises rouges, le ciel immense. Des formes organiques, des couleurs intenses, une abstraction qui vient de la nature et non de la théorie.
Ses œuvres comme Black Iris (1926) ou Cow's Skull: Red, White, and Blue (1931) sont conservées au MoMA de New York. Georgia O'Keeffe a toujours refusé les lectures réductrices de son œuvre, affirmant simplement qu'elle peignait ce qu'elle voyait, en grand, pour que les gens prennent le temps de regarder. Elle a vécu et travaillé jusqu'à 98 ans.
Élisabeth Vigée Le Brun (1755-1842) : portraitiste de la royauté
Élisabeth Vigée Le Brun est l'une des rares femmes peintres à avoir acquis une reconnaissance officielle de son vivant, ce qui, au XVIIIe siècle, tient du miracle.
Portraitiste attitrée de Marie-Antoinette, elle peint la reine plus de trente fois. Ses portraits révolutionnent la représentation de la noblesse : exit les poses rigides et les expressions glaçantes, Vigée Le Brun introduit le naturel, la légèreté, la présence humaine.
Elle est admise à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1783, une exception accordée grâce à l'intervention directe de Marie-Antoinette. À la Révolution, elle quitte la France et parcourt l'Europe pendant onze ans. Le musée du Louvre conserve plusieurs de ses portraits. Elle laisse derrière elle plus de 600 portraits et 200 paysages.
Pour aller plus loin
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Pour aller encore plus loin, le site WikiArt répertorie des milliers d'œuvres classées par artiste, époque et mouvement, avec une belle représentation des femmes peintres.
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